Pascale Touré-Leroux

Pascale Touré-Leroux

Sur la côte picarde, l'air, le soleil, la mer...

Depuis l'autoroute, la vue des prermières éoliennes qui arrivent dès qu'on est dans le département de la Somme m'assailled'une joie inattendue. Enfin le vent venu  de la Manche atteint les terres plus reculées, la mer n'est plus loin. Je me suis trouvée au pied d'éoliennes pour la première fois il y a bien des années dans le pays nantais, au milieu des parcs à huîtres. Vent puissant du large chargé d'odeurs marines qui meut à trente mètres du sol les pales de ces moulins à vent de notre avenir technologique. Au dieu Eole au souffle inépuisable, les hommes vont donner un destin suprême, des siècles durant, celui de fournir l'énergie que réclame leur vie qutotidienne et leur labeur.

Non, ce n'est pas laid, une éolienne, bien moins en tout cas que ces pylônes métalliques nés de l'électricité nucléaire qui voit sa fin approcher à pas lents, qui détruisent l'horizon de nos campagnes. Tout au plus, bizarrerie de lignes blanches effilées qui évoquent un peu le style des années soixante- soixante-dix, ou bien même qui ressemblent à de fines proues de voiliers ou de catamarans, ou à de légères carlingues de planeurs, vaisseaux des mers et des airs. Le bruit, dites-vous? Au pied d'une éolienne, on entend le doux ronronnement régulier du moteur qui transmet l'énergie, le chuintement des pales qui brassent l'air. Mais dés qu'on s'éloigne, on n'entend plus rien. Ah, bien sûr, il ne faudrait pas aménager nos nouveau moulins "design" trop près des habitations, sinon, les détracteurs du progrès et les mécontents de tous bords pourraient bien faire monter un vent de révolte qui barrerait l'avenir d'un panneau "sans issue".

 

           Ascension 2012. Ce soir, dans ma chambre d'hôtel au Crotoy, je suis saoule du vent du large qui s'engouffrait, salé, vif, puissant, qui faisait éternellement bruisser, serpenter, onduler les courants d'eau grise et brune entre les bancs de sable et de vase sillonnés de longues enfilades d'herbes hautes où les mouettes trouvent refuge. Avant Marquenterre et les premières dunes de Quend et de Fort-Mahon qui s'étirent jusqu'à la baie d'Authie et avant le nord, l'immense plage de la Maye, où la mer ne pénètre qu'aux grandes marées, le ciel plombé sans soleil sur lequel se dessine la ligne verte et bleue des bancs d'eau presque à l'infini. Sur le sable d'où surgit la vase noire sous le pied, les longs moutonnements incertains d'une herbe courte et durcie en mottes prises dans les filets d'un mince varech jaunâtre. Pas d'oiseaux, immensité à nu, aucun refuge, vertige. Fatigue et bien-être. Les sens, le visage, les mains imprégnés d'air salé, d'odeurs, du bruissement de la brise du large.

Demain,  j'irai à l'opposé, vers le sud, la pointe du Hourdel où les cueilleurs de la mer charrient leurs sacs de coquillages sur les tracteurs qui sillonnent l'horizon. Au large, des colonies de phoques vivent paisiblement, protégées par les hommes.

 

              Août 2012. Quand le soir tombe, que la mer s'est retirée, laissant apparaître le sable parsemé de bancs d'algues, le couchant se prend dans les filets du ciel, faisant miroiter son or pâle sur l'eau scintillante, puis tout s'assonbrit peu à peu, et, au-dessus de l'horizon se forment des moutonnements violine. Quand le ciel est resté couvert toute la journée à part de rares percées de soleil tiède, le soir n'est que lourds nuages gris et bas, mais une vague lueur du couchant jette sur la mer opale une brillance pâle qui s'étire de ci-de là en longs filaments au fur et à mesure que l'astre s'efface. Ou bien, caché derrière une épaisse nébuleuse d'encre grise qui barre l'horizon, il illumine de pourpre marbré un vaste amas de nuages effilés au-dessus de lui, qui pâlit lorsque l'astre a disparu.

 

Mille coucahnts sous tous les cieux du monde, et moi je suis là, minuscule.

 

Je suis partie en me réjouissant puisqu'on annonçait une belle semaine digne d'un mois d'août. L'hiver a été doux, pluvieux, le printemps quasi inexistant durant de longs mois de fraîcheur maussade et humide. La lumière a été rare, à l'exception de quelques jours tièdes prématurés en mars. Mis à part le sud-est du pays, ma belle France ne connaît plus, entre les équinoxes du printemps et de l'automne, qu'un climat surprenant, déroutant, des variations extrêmes de températures, parfois des canicules qui font mourir des gends fragiles et isolés. Le réchauffement climatique est en marche, aidé par la monstruosité des hommes qui la tuent dans un empoisonnement lent et sordide. Industries, croissance, profits, rien n'arrête l'homme.

 

Moi, dans ma belle France, j'ai connu des automnes d'une tiédeur triomphante, des hivers neigeux et glacés, des printemps et des étés radieux. C'était il y a longtemps, c'était mon enfance, aux accords de Vivaldi, aux couleurs naïves des maîtres Breughel. C'était mon enfance.

 

 

 



03/04/2013
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