Pascale Touré-Leroux

Pascale Touré-Leroux

Parcours d'écriture...

J'écris depuis longtemps,j'ai mêlé vie intime et fiction, puis des nouvelles, des portraits. Mais sentiment d'échec devant le peu d'audience de mes écrits, qui pourtant ont reçu de bonnes critiques de la part de mes quelques lecteurs.

Un lecteur attentif, exigeant, dont les avis comptent pour moi, avec une franchise sans concession, bien que remarquable, m'a dit: ce n'est pas assez bien fait, _ moi, j'aurais dit pas assez "sculpté", "forgé" _il faut continuer à écrire, rester modeste certes, mais avec plus d'exigeance avec vous-même. Réaction affolée: je ne pourrai pas, c'est trop dur, trop douloureux, je devinais déjà que l'écriture suppose de se regarder dans un miroir, de se chercher, de se retrouver face à soi-même, quelque soit la forme littéraire. Annie ERNAUX titre les entretiens qu'elle a eus avec Frédéric-Yves Jeannet:" L'écrirure comme un couteau". Moi, je dirais "au scalpel", soulever, découper, découvrir.

 

Pendant quelques années, rien, le désir d'écrire était refoulé. Puis d'un coup, "l'obsession" d'écrire, c'est le terme de Annie ERNAUX, a refait surface. Et puis, vers 2010, je commençais sérieusement à réguler mes pulsions, mon agressivité, ms rancoeurs. D'un jet, ou presque, j'ai écrit DRÔLE DE JEUNESSE ( cf http://harmatheque.com/auteurs/pascale-touré-leroux), c'était le moment, je pouvais, certes avec un certain affect, une tendresse même ressentie sur mon vécu - le narcissisme nécessaire quand on écrit sur soi-même-, me raconter avec une certaine dose d'impudeur- Annie ERANUX dit que l'écriture sur soi doit être impudique-, une franchise absolue, cela va de soi, et aussi des écrits antérieurs, car je ne pouvais me résoudre tout à fait à ce que mes écrits antérieurs soient tout à fait oubliés.

 

Le processus qui fait que l'on a besoin d'écrire sur soi-même reste mystérieux, de grands auteurs l'ont fait, pour des raisons différentes et avec des styles différents: Jean-Jacques Rousseau, Chateaubriand, Proust...

 

J'ai le sentiment, dans ce livre, non seulement d'avoir parlé de moi, mais aussi de moi dans une certaine période historique: enfance des années 50, adolescence des Trente Glorieuses ( par exemple mon père qui n'était pas à la maison parce qu'il pouvait faire des heures supplémentaires bien payées).J'ai le sentiment de témoigner d'une époque.

 

Je ressens aussi ma faculté d'écrire comme une revanche pour mes parents issus de milieux modestes, ils m'on laissé faire des études supérieures- certes par la suite, je me suis construit ma culture par moi-même. Je ne ressens pas, comme Annie ERNAUX, qui a les mêmes origines, de "culpabilité", mais plutôt de la reconnaissance, et le fait d'écrire aboutit, comme pour elle, au "don reversé", je leur rends ce qu'ils m'ont donné.

 

Bien que, moi aussi, j'ai souffert de cette différence culturelle entre eux et moi, et je ne peux que faire miens les propos de Annie ERNAUX, je suis la fille de "dominés", et j'ai acquis grâce à eux, les moyens d'acquérir peu à peu une culture de "dominants". En cela, le geste d'écrire devient "politique", c'est une revanche de classe sociale. 



05/02/2012
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