Pascale Touré-Leroux

Pascale Touré-Leroux

La Charité-sur-Loire, berceau maternel...

 

 

            Je suis née en avril 1952, c’était le printemps, c’était le temps pascal. Ma mère a souffert le martyre pour me mettre au monde, car j’étais un très gros bébé et à cette époque, on ne surveillait pas encore le poids du fœtus. Dans le ventre de ma mère, j’ai dû être heureuse, cette grossesse n’était pas à proprement parler désirée, seulement trois mois après leur mariage, mais en tout cas acceptée, mes parents voyaient volontiers l’avenir avec une fille unique. Mais le sort en a décidé autrement, ma sœur est née presque trois mois après mon troisième anniversaire. Cette seconde grossesse fut vécue par maman dans la terreur du prochain accouchement, sa mère est venue quelques temps de sa province entourer, soulager, rassurer de sa présence  cette fille sachant pourtant déjà ce qu’étaient les souffrances de la vie. Marcelle, ma grand-mère, enfant abandonnée, enfant sans mère qui aima sa première nourrice comme la sienne,  souffrances de la vie laborieuse et solitaire d’une pupille de l’Assistance, de ferme en ferme dans  la campagne nivernaise. La mère fut présente pour la fille, entre femmes douloureuses elles se comprenaient. La fille accoucha finalement à l’hôpital de La Charité-sur-Loire, la ville de son enfance, la ville où vivaient sa mère et certains de ses frères et sœurs, ville-berceau. On y alla souvent par la suite en vacances, sur les berges de la Loire traîtresse et paisible, où j’ai des souvenirs de jeux avec mes cousins et où  maman retrouve en hésitant parfois un peu, maintenant qu’elle est une très vieille dame fatiguée,  les dédales de ses jeux et de ses escapades enfantines sur les photos que j’ai faites pour elle.

Une vieille photo en noir et blanc, mon cousin Gilles, « Gillou » pour son père et sa mère, et moi. Nous nous ressemblons beaucoup. Nous avons trois ou quatre ans, nous sommes innocents, nous nous embrassons maladroitement. Je porte un pantalon,  un corsage et un petit chandail, lui est en culotte courte avec des bretelles. Papa aimait faire des photos de genre, où il fallait poser longtemps avant qu’il se décide à appuyer sur le déclencheur. Papa et la photo, c’était pénible. Là, à La Charité, c’est sûrement lui qui nous a fait prendre cette pose dont le résultat est touchant, il faut bien le dire. Sur une autre photo, le long des quais de la Loire, nous sommes au premier plan, main dans la main, on dirait deux jumeaux, maman et sa sœur, deux jeunes mères heureuses, bavardent derrière nous tout en marchant. Toujours papa derrière d’objectif. Ce « Gillou » rieur, turbulent, casse-cou, bon garçon, je l’aimais bien. Je me souviens que, quelques années plus tard, il nous emmenait, ma sœur et moi, avec des tas de copains, dans son repère. La carcasse d’une deux-chevaux échouée sur la grève on ne sait comment. « Gillou » prenait le volant, faisait vrombir un moteur imaginaire, et nous emmenait dans des virées pleines de rêves, de rires, de chahuts.



27/01/2016
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